Jérôme Peeters, le n°1 en padel en Wallonie a mis du temps à trouver son partenaire idéal : Guillaume Crasson
Entre les meilleurs ambassadeurs belges du padel règne un esprit de saine camaraderie. Les joueurs du Top 10 offrent un niveau de jeu assez semblable avec des différences pointées au niveau du style. Ils ont tous appris le maniement d’une raquette sur un terrain de tennis à l’exception de Nick Braet. Comme dans tous les sports, il existe un ranking qui mentionne que le meilleur joueur de l’AFPadel vient de Liège. Depuis décembre 2019, Jérôme Peeters domine le classement avec une certaine
fierté, mais surtout avec le plaisir de celui qui s’amuse avec des potes. «Je ne me considère pas comme le meilleur joueur de Wallonie. Sur les 8 gars qui ont joué le championnat d’Europe à Marbella, il n’y a pas de grandes différences. Nous formons une équipe unie. En plus, le padel se joue à deux. Sans un bon partenaire, tu ne vas pas loin. Etre n°1 signifie surtout que tu vois être en forme le Jour J c’est-à-dire le jour des plus grands matchs.»
Avec Kabasele à Eupen
Depuis qu’il a fêté ses 4 ans, Jérôme Peeters a toujours donné le meilleur de lui-même sur un terrain de sport. Il a démarré son parcours sportif dans un bassin de natation avant de se tourner vers son premier grand amour : le football. Le petit Jérôme a évolué tour à tour à Chaudfontaine, puis à Embourg et enfin à l’AS Eupen où il a côtoyé un certain Christian Kabasele. Le Diable rouge, né à Lubumbashi, a grandi à Eupen où il a joué de 2008 à 2011 avant de porter les couleurs de Malines, de Ludogorets (Bulgarie), d’Eupen à nouveau, de Genk et de Watford (Angleterre) depuis 2016. Jérôme Peeters se souvient d’un gars simple et sympa. «Nous avons joué ensemble durant 6 ans», dit le Liégeois qui est fiancé à Manon Delvaux. «Nous sommes amis sur facebook. Je continue à suivre ce qu’il fait. Il avait été le voisin d’un de mes collègues. C’était vraiment un bon gars.» Leurs parcours ont pris des voies différentes car Jérôme Peeters a succombé à un autre de ses amours. A 18 ans, il a choisi de faire un pas de côté au football en revenant à Chaudfontaine car il voulait améliorer son classement de tennis. Durant son adolescence, il n’a eu de cesse de mener une double vie sportive. La balle jaune a débarqué en boulet de canon dans son enfance lorsqu’il a eu 10 ans. A l’époque, il avait suivi un stage à l’Adeps. Ensuite, il a grandi au Tennissimo avec Philippe Maréchal. Il a notamment grandi avec Thomas Delme, un Série A qui a été freiné en pleine ascension à cause de soucis à l’épaule. «A l’époque, il jouait régulièrement contre David Goffin. Il le battait très souvent. Maintenant, Thomas vit aux Etats-Unis.»
Un premier tournoi inoubliable

Jérôme Peeters, qui jouait souvent au tennis de table dans le jardin familial, utilisait chaque heure de libre durant son enfance pour enrôler son frère Quentin, deux ans plus jeune que lui, sur un terrain de sport. Ils martyrisaient les balles de tennis que ce soit sur un mur, sur un terrain ou dans la rue. Les deux frangins se sont créé mille souvenirs. «On prenait même parfois des raquettes en plastique ou des balles en mousse», se marre-t-il.
Au soir de ses études secondaires, il a poursuivi sur le chemin du tennis. Pour être sélectionné en U17 à l’AS Eupen, il devait suivre trois entraînements par semaine sans oublier le match. Le programme était trop lourd. Lui, il rêvait de plus en plus de balle jaune. Il s’était fixé des objectifs.
Il se voyait un jour parmi les B-15.4. Il a conservé ce classement durant 4 ans. Il joue et remporte les tournois de sa région. Encore aujourd’hui, le tennis rythme une partie de son agenda. Pourtant, le padel s’est incrusté dans la partie. En 2016, il est passé à côté du terrain de Visé. «Comme tout le monde, j’étais intrigué. Je ne connaissais pas du tout.»
Durant l’hiver, il s’est inscrit avec son ami Julien Onclin à un tournoi amical. Comme ils jouaient ensemble les interclubs de tennis, ils ont tout naturellement élargi leur champ d’action à cette autre discipline. «Nous n’avions même pas de raquette», se rappelle le Liégeois. «Nous en avons emprunté au club. Nous avons joué ce tournoi comme si nous étions des joueurs de tennis. Nous avons atteint la finale contre Julien Evrard qui jouait avec un représentant de padel. Nous avions tout au plus joué 4 fois sur un terrain de padel, c’est-à-dire les 4 matchs du tournoi. Avec Julien, nous les battons. A la fin du match, ils nous ont donné des conseils pour nous améliorer.»
Le virus était inoculé. Plus rien ne pourrait perturber cette relation naissante entre Jérôme et le padel. En plus, les terrains fleurissaient du côté de Liège. «Nous avons joué de plus en plus.» Le réseau de joueurs s’est densifié. Avec des amis, il a pris des conseils auprès de la référence de l’époque, Bernard Pirenne. «J’ai commencé avec lui.» D’ailleurs, il a joué avec Bernard contre deux de ses amis, Guillaume Crasson et François Gardier. «Je posais souvent des questions à Bernard sur le terrain.»
En 2017, il a été invité à un stage en Espagne à Alicante par Laurent Montoisy. Durant les vacances de Carnaval, il a suivi une formation de 4 jours en compagnie de Guillaume Crasson et de François Gardier. «A ce moment, nous jouions au padel comme au tennis. A Alicante, Laurent Montoisy nous a appris la bandeja et la tactique. Il nous a montré la vitre. Tous les matins, nous avions deux heures d’entraînement. L’après-midi, nous continuions avec des matchs. Nous avons aussi joué contre des Espagnols.»
“Je devais me trouver un partenaire pour me rendre au Mondial.”
De retour à Liège, les amis multipliaient les heures passées en cage. Ils jouaient tout le temps. François Gardier et Guillaume Crasson progressaient à deux alors que Jérôme Peeters a mis un peu de temps à trouver son partenaire. Au début, il jouait avec Bernard Pirenne qui est plus âgé. Ainsi, Jérôme Peeters a manqué le premier train international. Lors des championnats d’Europe au Portugal, il était réserviste. «J’ai compris que je devais me chercher un partenaire car je voulais figurer dans la sélection pour les championnats du monde.» En 2018, il n’avait pas vraiment de coéquipier attitré. Il a été retenu pour le Mondial au Paraguay avec Laurent Jeuniaux. «Nous étions la 4e paire belge.» Versée dans la poule avec l’Angleterre, l’Uruguay et l’Australie, la Belgique était face à une mission délicate. Le premier jour était déjà décisif. Sur papier, l’Angleterre évoluait un ton plus haut. Les Belges l’emportent. Face à l’Uruguay, la tâche était trop ardue. Face à un Top 30 qui a l’habitude de jouer des quarts de finale sur le World Padel Tour, Jérôme Peeters apprend beaucoup. «Diego Ramos était clairement trop fort. Avec Laurent Jeuniaux, nous nous sommes fait ramasser.» La phase de poule s’achevait par un succès logique face à l’Australie qui avait découvert le padel cinq mois plus tôt.
Lors de ces championnats du monde, les Belges sortaient donc de la phase de poule à la faveur de leur 2e place ce qui les contraignait à jouer un favori. Ils ne pouvaient pas rêver d’un plus bel adversaire : l’Espagne. «Nous avions fait un tour de table pour prendre l’avis de toute l’équipe. A l’époque, nous n’avions pas un entraîneur. François Gardier jouait le double rôle de joueur et de capitaine. Moi, j’avais parlé d’un match de gala. J’étais prêt à laisser ma place à ceux qui avaient gagné les matchs de la qualification. François Gardier, qui ne se trouvait pas en grande forme et qui avait déjà joué une exhibition à Bruxelles en 2017, m’a offert sa place.»
Cet instant a changé la vie de Jérôme Peeters qui se retrouvait sur un terrain officiel au côté de Guillaume Crasson. «C’était de la pure folie. En même temps, les trois terrains accueillaient trois matches différents avec les meilleurs du monde. Dans les tribunes, il devait y avoir 600 personnes.» L’expérience avait nourri la détermination de ces gars qui avaient un appétit vorace. Leur aventure au Paraguay s’achevait par deux défaites face à l’Espagne et contre le Portugal. Avec Guillaume Crasson, Jérôme Peeters avait obtenu une balle de match dans le tie-break contre les Portugais.» Les Belges finissaient à la 8e place.
Un duo était né. En 2019, Guillaume Crasson jouait de plus en plus avec Jérôme Peeters. Ils ont disputé de nombreux tournois en Belgique, mais aussi en Allemagne, en France ou aux Pays-Bas. Ils n’oublieront jamais cette finale du championnat de Belgique sur la place Tivoli. En finale, Jérémy Gala et Nick Braet sont devenus champions de Belgique en 2019. «On s’est fait rosser», ajoute Jérôme Peeters qui a longtemps subi la domination de cette paire.
Dans la foulée, les Belges repartaient à l’assaut du Portugal à l’occasion des championnats d’Europe. Après des succès en phase de poule contre l’Allemagne, la Pologne et la Norvège, les Belges achevaient la première partie avec un sans faute et une première place de groupe. En quarts de finale, ils battaient la Suisse qui n’était pas encore coriace. Dans le carré magique, les Belges coinçaient contre l’Espagne avant de finir à la 4e place à cause d’une défaite contre la Suède. De retour en Belgique, les meilleurs padeliens du royaume poursuivaient leur progression en redoublant d’effort. Jérôme Peeters et Guillaume Crasson ne se lâchaient plus. Mais, en 2020, le binôme était séparé à cause d’une blessure au talon. Guillaume est resté sur la touche durant plus d’une demi-année. Jérôme a alors tracé sa voie avec François Gardier avant que le Covid ne mette tout le monde sportif sur pause.
“Dans un rôle de bouche-trou”

Pendant le confinement, les plus fines raquettes se sont contentées de s’entraîner. Jérôme Peeters en a profité pour apprendre les ficelles de joueur de gauche.
Lors de la grande reprise du Belgium Padel Tour à Malines, il a retrouvé son partenaire qui n’avait plus joué depuis 7 mois. Devenu joueur de gauche, Jérôme Peeters garde un souvenir doux-amer de ce tournoi. Sorti de la phase de poule, il a dû jouer en une journée les huitièmes, quarts, demis et finales. Pour le convalescent Guillaume Crasson, le menu était indigeste. La demi-finale contre Abarca et Gardier avait laissé des traces. En finale, leur bête noire (Braet et Gala) gagnait 7-6, 6-3 alors que Crasson était perclus de crampes.
La paire poursuivait son ascension en remportant quelques tournois en Flandre ce qui les qualifiait pour le Masters. Là, ils ont battu en finale Nick Braet et Jérémy Gala. La roue venait enfin de tourner. «Nous attendions ce succès depuis 2 ans.»
Le parcours de Jérôme Peeters illustre parfaitement la difficulté du padel. Avant de placer son ambition sur un terrain, il faut se trouver le partenaire idéal, celui qui vous mènera vers les sommets. «Au début, Guillaume Crasson et François Gardier jouaient à deux ce qui limitait mes possibilités. Je servais de bouche-trou sans être péjoratif. A Liège, je ne connaissais pas beaucoup de gens motivés et de haut niveau. Tout le monde avait son partenaire», explique celui qui a joué avec Bernard Pirenne, François Gardier, Guillaume Crasson, Laurent Jeuniaux et Laurent Montoisy. Pour évoluer, tu dois trouver un partenaire fiable, motivé, qui a la même ambition et surtout qui ne t’agace pas. Si ton partenaire est moins fort, tes adversaires te mettent au frigo pour tout jouer sur l’autre. Là, tu ne prends aucun plaisir.»
Avec le temps, il a appris à jouer à gauche et à droite ce qui allonge la liste de ses qualités. Le Liégeois a remarqué que les meilleurs du monde comme Belasteguin par exemple, avaient osé faire ce pari.
A 30 ans, Jérôme Peeters n’a pas pris la moindre ride. Il s’éclate tout en prenant un maximum de plaisir.
