En Flandre, Tennis Vlaanderen recense 800 terrains pour 56.000 joueurs. Gijs Kooken voit bien plus grand et plus loin.
Gijs Kooken, le CEO de Tennis Vlaanderen, n’en revient pas. Il n’a jamais vu un sport grandir à une telle vitesse. Le padel, qui a profité de la crise du Coronavirus, dépasse tous les modèles traditionnels de développement. Tennis Vlaanderen, qui regroupe le padel sous sa coupole, a pris une sérieuse avance sur son homologue francophone (AFPadel).
Gijs Kooken, à quoi attribuez-vous la percée fulgurante du padel en Belgique ?
«La pandémie a évidemment aidé, mais le padel avait assez de qualités pour grandir indépendamment de la Covid-19. Il y a quelques années, quelques-uns de nos sponsors dont Head nous avaient prévenus que le padel deviendrait un sport important à l’échelle planétaire. Ils s’étonnaient de voir que la Belgique ne semblait pas intéressée.»
Quelle était la situation en 2017 en Flandre ?
«Depuis 4 ans, nous doublons nos nombres de membres et de terrains. Au début, c’était assez facile car nous partions presque de zéro. En 2017, la Flandre accueillait un maximum de 80 terrains. Elle est passée en un an à 150. En décembre 2020, nous recensions 400 terrains. En juin 2021, nous avons compté 728 terrains ! Nous avions espéré passer la barre des 800 en décembre, mais cela a déjà été atteint en juillet ! C’est de la pure folie. Je n’ai jamais vu une telle situation.» On sent une forme de méfiance. Etes-vous inquiet par cette soudaine flambée ? «Il faut reconnaître que nous ne maîtrisons pas l’avenir. La crise sanitaire a accéléré le processus. Nous attendons la fin de la crise afin de mesurer avec précision ce qu’il restera de cette padelmania. J’ai la certitude que le padel ne va pas disparaître. Les gens resteront. Quand les pratiquants pourront à nouveau faire leur ancien sport, ils resteront fidèles au padel. Ils joueront peut-être un peu moins souvent ce qui sera positif pour les réservations.»
Les chiffres à la fin de 2021 sont : 72.622 joueurs de padel ; 225 clubs dont 912 courts en Flandre. Et toujours en pleine croissance.
“Nous avions espéré passer la barre des 800 en décembre, mais cela a déjà été atteint en juillet !”
Vous parliez de 800 terrains en Flandre. Ce nombre est-il suffisant compte tenu de la demande actuelle ?
«Non, il faut encore construire plus de terrains. Nous possédons 187 clubs en Flandre. Six nouveaux matricules vont voir le jour dans les prochaines semaines. Je vois passer de nouveaux projets chaque semaine. Pendant la pandémie, le taux d’occupation des terrains était effrayant. En quelques minutes, les courts étaient tous réservés. Moi, personnellement, je joue dans mon club le dimanche à 7h30 pour avoir un créneau libre. Le taux d’occupation était de 100 % du lundi au dimanche de 7h à l’heure du couvre-feu. Je le répète, je n’avais jamais connu cela.»
Est-il possible aujourd’hui d’avoir une idée du nombre de pratiquants en Flandre ?
«Il faut distinguer les membres et les personnes qui paient à l’heure (pay to play). Nous estimons que 140.000 personnes jouent régulièrement au padel chez nous. Nous avons 56.000 membres dont 20.000 ne jouent qu’au padel. Les autres ? Ils combinent le tennis et le padel. En 2028, nous avons pour objectif d’atteindre le cap des 200.000 membres tennis et padel. Aujourd’hui, Tennis Vlaanderen compte plus de 198.000 membres. 166 000 joueurs de tennis et 72 622 joueurs de padel, il y a donc aussi un groupe qui pratique les deux sports.»
“L’arrivée du padel a été positive pour le tennis car le padel a remué dans les brancards.”
Le padel pourrait-il faire de l’ombre au tennis ?
«Je compare avec Coca-Cola. Quand la marque sort une nouvelle boisson, elle ne fait pas de l’ombre à ses autres produits. Elle élargit la gamme afin de rendre ses clients encore plus satisfaits. Tennis et padel se complètent. Le tennis ne s’acquiert pas en quelques mois. La technique est difficile à maîtriser. Au padel, un grand nombre peut s’amuser dès les premières heures. En revanche, la technique devient centrale quand on veut franchir un certain niveau. L’arrivée du padel a été positive pour le tennis car le padel a remué dans les brancards. Le tennis se cachait derrière ses habitudes. Le padel ne cessait de demander pourquoi. Il a cassé certains codes. Il a obligé le tennis à se remettre en question. Si le tennis ne bouge pas, il laissera le champ libre au padel. Je connais un club à Ostende. Il a été l’un des pionniers à croire au padel. Son tennis a perdu des membres au profit du padel. Les dirigeants avaient déployé beaucoup d’énergie pour ce projet. Après un an, les amateurs de tennis se sont approchés des terrains de padel. Ils ont osé jouer. Aujourd’hui, la plupart sont inscrits dans les deux sports. Les clubs ne cessent d’accueillir plus de monde.» Quelle est la stratégie de Tennis Vlaanderen pour fidéliser ces nouveaux affiliés ? «Nous croyons beaucoup dans la compétition. Nous demandons avec insistance que les clubs organisent un maximum de tournois. Je l’ai testé récemment. Lors d’un tournoi, les inscriptions étaient clôturées en… 28 secondes. En tennis, nous n’avons jamais connu un tel scénario. Il faut dire qu’un tournoi de tennis accueille plus de 100 participants. En padel, le nombre est fort limité. On parle de 8 paires ou de 16 paires dans une catégorie.»
Pourquoi les clubs ne jouent-ils pas le jeu des tournois ?
«Certains clubs ont compris que mettre sur pied un tournoi constituait une priorité. Un membre qui a l’esprit de compétition restera plus longtemps. Nous avons seulement 60 % des clubs qui se donnent la peine d’organiser un tournoi. Les autres ne veulent pas perdre de l’argent. Un terrain réservé rapporte plus dans les caisses qu’un terrain bloqué toute une après-midi par un tournoi. Ces dirigeants ne voient que le profit immédiat.»
La Belgique s’éveille aux joies du padel. Comment expliquez-vous que la Flandre et la Wallonie ne travaillent pas main dans la main sur ce dossier ?
«Prenons le classement. Nous venons de mettre en place un système commun en Flandre et en Wallonie. Nous restons un petit pays. Tennis Vlaanderen et AFT Padel ont un objectif commun. A terme, il ne faudra pas de différences entre les deux Ligues.»
“Un amateur de padel doit être en mesure de jouer quand il a du temps libre. Nous devons fidéliser un maximum de monde.”

Nous voyons de plus en plus de cours en intérieur et le mauvais temps de ces derniers mois montre clairement la valeur ajoutée de ces cours, mais ce n’est pas une nécessité comme l’indique l’article. Les tournois continueront même en extérieur.
Sur la carte mondiale, la Belgique ne pèse pas lourd. Quelle est la saveur de ces 5e places des messieurs et des dames lors des championnats d’Europe à Marbella en juillet ?
«Pour les messieurs et les dames le bilan était positif. En Europe, l’Espagne est intouchable. En dessous, plusieurs pays se valent dont la Belgique, la France, l’Allemagne, l’Italie ou la Suède. Les deux équipes ont eu l’occasion de terminer les plus haut, mais le fait d’être le meilleur des pays non professionnels est une belle réussite et suscite à juste titre des ambitions pour l’avenir. »
Vous étiez à Marbella pour ces championnats. Quel est le degré de professionnalisation de ce sport au niveau de l’organisation ?
«Sur le terrain, tout était parfait. Mais, l’organisation n’était pas digne d’un tel événement. Personne n’imagine un joueur du Top 10 mondial en tennis qui ne peut pas prendre une douche ou un repas après son match. Même en Belgique, les tournois sont mieux gérés. Il faut que la Belgique soit un ambassadeur du padel à travers le monde. Nous avons un rôle à jouer. Je vois un grand chantier où il reste presque tout à faire au niveau européen. Nous perdons trop d’énergie à travailler tous dans notre coin.»
Quelle sera la situation du padel en 2031 ?
«Je ne peux pas prédire l’avenir. Je n’ai pas peur. Le principe de compétition assurera un avenir radieux au padel. La fédération a mis du temps, mais elle a compris les enjeux de ce jeune sport. Avec mon équipe, nous investissons beaucoup de temps sur son développement. Nous devons sensibiliser les clubs sur le long terme.»

