Clément Geens, ancien joueur pro à l’ATP et directeur technique de l’APT Padel, partage son corps entre le tennis et le padel.
Un terrain, une petite balle jaune, une raquette, un filet au milieu, autant de signes qui lient le tennis et le padel. D’ailleurs, de plus en plus de joueurs de tennis s’adonnent aux joies du padel. Clément Geens mène toujours une double vie entre deux disciplines sportives qui participent à son épanouissement total. Ancien 245e joueur à l’ATP, cet artiste de la balle, devenu directeur technique de l’AFT Padel, a d’abord consacré sa vie au tennis. Pensionnaire du tennis-étude de Mons, il a usé ses semelles sur les courts de ce centre d’excellence de l’AFT. Adolescent, il a rejoint le team pro tout naturellement. Une blessure récurrente au bras a ruiné sa haute ambition sportive alors qu’il n’avait que 23 ans. Après un bref retour, il a définitivement fermé le chapitre du circuit ATP. «Je ne nourris aucun regret car le tennis a été une bonne école de vie», précise-t-il.
Lors de son premier congé du tennis, il a troqué sa grande raquette contre une plus petite. Il s’est engouffré dans la cage vitrée et grillagée du padel pour la première fois en janvier 2019. «Mon bras gauche m’empêchait de tenir une raquette de tennis. Par conséquent, j’ai tenté une autre aventure.» Il l’ignorait encore, mais le padel n’allait plus le lâcher. Lors de cette première année, il a peu joué, mais le contact était établi. L’addiction est venue par la suite au point qu’il a enchaîné les entraînements et les tournois. Aujourd’hui, il figure dans le Top 4 de Belgique. «J’ai été repris pour jouer les championnats d’Europe en juin à Marbella. C’était un honneur.»
Un service par le bas

Mieux que quiconque, Clément Geens, issu d’une famille de sportifs qui a plutôt sévi dans le hockey, est le mieux placé pour comparer le tennis et le padel.
Elle est révolue l’époque où on comparait les raquettes du padel avec des raquettes de plage. A première vue, le padel ressemble au tennis. «On retrouve une raquette avec une balle assez proche de celle du tennis. Elle a le même poids, mais elle est plus petite. On joue à deux contre deux. Le terrain est assez semblable à une grosse différence près. Il est plus petit de 4 mètres. Au niveau des jeux, on effectue les mêmes coups comme un service, un coup droit, un revers, une volée, une amortie ou un smash. Mais, la technique est fondamentalement différente.» Au niveau des similitudes, on soulignera encore que les points se comptent de la même manière. Un joueur de tennis sera avantagé lors de ses premiers pas sur un terrain de padel, mais il devra accepter de se défaire de quelques mauvaises habitudes. En effet, le padel reste une discipline unique qui demande une approche unique.
Ainsi, le service n’est pas une arme essentielle alors qu’elle est un atout majeur sur un court de tennis. Chez les pros, la notion d’ace n’existe pas. «Le service s’effectue par le bas. Il faut taper la balle en dessous de la hanche. Il n’est qu’une mise en jeu qui a pour but de faire rebondir la balle le plus bas possible afin de ne pas se faire agresser.»
La raquette se porte d’une manière bien spécifique. «Au padel, la prise est quasi unique ce qui signifie qu’on tient la raquette de la même manière pour tous les coups.»
La plus grande différence réside dans la manière de rentrer dans la balle. Le tennis impose un mouvement ample pour apporter un maximum de puissance. «Mais, le padel nécessite un mouvement plus court et plus linéaire. On diminue le mouvement de moitié afin d’avoir le temps de taper la balle qui revient plus vite qu’en tennis.»
En tennis, le smash est un coup dit facile pour conclure un point. «Il existe 4 smashs au padel. La balle se prend plus bas et plus à droite afin de la poser. Il est rare de clasher la balle.» Si un échange au tennis est assez court, il peut s’éterniser au padel. «La construction demande une grande patience. L’erreur de tous les débutants, c’est de terminer le point le plus vite possible. Les novices cherchent à taper trop vite et trop fort.»
“La base, c’est l’anticipation”
Le filet est un allié sur un terrain de padel. «Le duo doit être le plus souvent possible au filet. Le jeu de fond de court n’est utile que quand les autres agressent. Il n’y a que deux places possibles : soit au filet, soit derrière la ligne de fond. On parle de hors zone pour la partie entre les deux.» Contrairement au tennis, le padel se joue toujours en double. Les joueurs évoluent en ligne. «Et surtout, chacun s’occupe de son côté. On n’intervertit jamais. Le joueur de droite restera toujours à droite ce qui signifie que, quand il sert du côté gauche, il retourne vite dans sa moitié droite.» Le plus impressionnant reste la vitre. Les novices y voient une source de complication dans leur jeu. Pourtant, la vitre est et reste la meilleure alliée. «Clairement, la vitre, c’est ton amie. Il faut l’utiliser. Elle permet de ralentir le jeu.En plus, elle offre plus d’options pour ramener la balle.» Parmi les plus grandes différences au niveau du jeu, le lob occupe une position centrale. En tennis, le lob est un coup désespéré qui s’achève souvent mal pour celui qui le tente. En padel, le lob est un coup d’attaque. Il oblige l’adversaire à reculer en zone défensive ce qui favorise la montée au filet. Reste à savoir qui du tennis ou du padel nécessite d’avoir un corps d’athlète. Au plus haut niveau, le padel est très exigeant en terme physique car les échanges sont longs. Il n’est pas rare qu’un point entraîne plusieurs dizaines de touches de balle. Les courses sont moins longues, mais très explosives.
Last but not least, les sports de raquette offrent une base commune. «Si tu veux être bien positionné, tu dois être capable d’anticiper. Au padel, tu vois l’adversaire. Tu observes son positionnement et le mouvement de son coup. Tu peux donc anticiper plus facilement qu’au tennis.» Clément Geens épingle trois erreurs classiques commises par les joueurs de tennis qui se mettent au padel. «Les joueurs veulent taper trop vite et trop fort dans la balle. Ils smashent au-dessus de leur tête. Le positionnement reste compliqué car ils oublient d’avancer vers le filet. En revanche, les tennismen ont le sens de la raquette, de la balle. Ils ont de bons réflexes.»

